26/04/2011

l'ethique du blogueur

On parle souvent de la différence entres blogueurs et journalistes, soulignant que nous les blogueurs n'arrivons pas à la cheville des journalistes en matière par exemple d'investigation, ce qui peut prêter à discussion.
Ce matin, en lisant le Parisien ( par exemple ) vous pouvez remarquer que la vie virtuelle de l'épouse de Xavier de Ligonnès est étalée à la Une, et de m'en offusque !

Comme beaucoup de blogueurs, ou de simples internautes je suis attachée à la notion d'anonymat. Cette femme a confié son mal être sur le net, sur un forum, à d'autres femmes, parce qu'elle se sentait seule, avait besoin d'aide et de conseils, mais de façon anonyme, sous un pseudo ( révélé sur BFM ). Comment les journalistes ont-ils eu  accès à sa réelle identité qu'elle cachait aux yeux de tous, son mari y compris,et de quel droit ont-ils révélé son identité virtuelle, qui traine encore sur les forums ? Si le forum est publique, l'identité des participants est anonyme, dans ce cas, pourquoi pas pendant qu'on y est révéler l'identité des internautes qui ont rétorqué à la victime, en 2004? " te fais pas de soucis, ça va s'arranger, sois patiente..."

Autant je comprends que ces informations soient utiles au travail d'enquête des policiers ( afin d'affiner le portrait psychologique du suspect ), autant je ne suis pas certaine de l'éthique qui se cache derrière la publication de ces confidences faites en 2004 par une femme qui comme des milliers de femmes a traversé une crise dans son couple...

En enquêtant sur le net, une blogueuse peut découvrir d'autres éléments éparses de cette vie virtuelle, comme un message où elle alerte des internautes sur l'existence d'un escroc " virtuel " en 2007 qui lui a extorqué 95 euros via ebay . On peut trouver la trace du site "la route des commerciaux " ancienne activité de son époux en cavale, grâce à un fabuleux outil " la wayback machine " permettant de fouiller les archives du net...oui, une blogueuse peut aussi faire de l'investigation...une blogueuse pourrait tout aussi bien aller blablater avec ses anciens voisins histoire de grappiller quelques infos, car les journalistes n'ont pas le monopole de la curiosité ou de la jugeote, mais la différence c'est qu'en tant que blogueuse, je n'aurai pas jeté en pâture le pseudo secret d'Agnès de Ligonnès, acquis je suppose par le journaliste à la faveur de contacts bien placés puisque rien ne permettait de faire le lien entre ce pseudo utilisé en 2004 et la victime de Nantes...
Quant au fameux travail d'analyse journalistique, dans ce cas précis, il est à mon sens inexistant : les messages de la victime datent de 2004, 7ans avant la tragédie,  qui peut dire dans quel état d'esprit était ce couple en 2011 ? Cette affaire semble receler des mystères au niveau financier bien plus utiles à l'enquête que les confidences d'une épouse solitaire...

La différence entre journalistes et blogueurs ne serait-elle pas dans le fait que le blogueur ne court pas après le scoop à tous prix, et qu'il peut même garder une information "tapageuse" ( mais inutile à l'avancement de l'enquête policière ). Il m'est arrivé de découvrir des éléments dans deux affaires que j'ai transmis aux avocats ou familles des victimes mais je ne me suis jamais précipitée sur mon clavier pour vous le raconter, car mon objectif n'est pas d'exploser mon score de visites...
Dans la course à l'économie numérique, les journaux doivent se garder pour faire du trafic de tomber dans la pipolisation de l'information au détriment de l'investigation et de la qualité de l'information.

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