04/06/2013

auto-entrepreneur : du statut nickel, au statut niquée

 Nous serions actuellement 900.000 auto-entrepreneurs et nos activités rapportent 3 milliards d'euros à l'Etat.
La réforme qui nous menace tend à réduire dans le temps notre accès à ce statut ( dans le but illusoire de nous faire basculer dans un autre que beaucoup d'entre nous n'aurons pas les moyens d'assumer étant donné le volume limité de nos CA ) et d'autre part, réduire le montant du volume de nos affaires ( 10.000 euros pour les activités secondaires, si j'ai tout suivi puisque Pinel et Ayrault sont en mode couacs sur le sujet...)

Alors j'ai entendu beaucoup d'arguments de toute part, certains pas dénués d’intelligence, d'autres franchement très cons, venant de personnes qui de toute évidence ne connaissent ni ce statut, ni son fonctionnement, ni même les taxes auxquelles nous sommes assujettis ou pas, enfin bref.

Nous sommes donc nous auto-entrepreneurs au choix selon certains défenseurs de Sylvia Pinel et de son éclair de génie :
  • Des gagne-petits pour beaucoup même pas smicards ( ah les andouilles ), 
  • des profiteurs du système qui ne paient pas autant que les autres entrepreneurs ( mais qui sont très cons puisqu'ils ne cotisent pas pour leur retraite en dessous d'un certain seuil ), 
  • des gros cons qui feraient mieux de s'inscrire au RSA ( pardi ! ), ou bien de trouver un boulot ( après tout avec 10% de chômeurs ce doit être facile d'en décrocher un ), 
  • des décérébrés manipulés par la droite car ils osent tenter de défendre leur activité face à un gouvernement de gôôôôche, 
  • voire même des personne égoïstes qui volent du volume d'affaires aux petits commerçants et autres besogneux honnêtes eux !
pour résumer donc, nous, auto-entrepreneurs, nous sommes des enflures, un peu comme les riches qui s'en mettent plein les fouilles mais en plus cons. ( sauf que le gouvernement Hollande est plus gentil avec les entrepreneurs qui font de la plus value, coucou les pigeons, ou même avec les gros patrons, bye bye l'encadrement des salaires du privé et bonjour l'auto-régulation exigeante )

sauf que sylvia Pinel n'a absolument pas pris en compte les rapports qui lui ont été remis pointant du doigt que certaines problématiques ( comme cette histoire de patron qui te vire pour devenir ton client principal ) sont marginales, elle s'entête, s'accroche à son projet comme une naufragée à son radeau, unique réalisation de son année de ministre, il faut bien qu'elle justifie ses appointements payés entre autre grâce aux 3 milliards des auto-entrepreneurs je suppose ... )

alors je pose des questions en vrac, une fois qu'on aura évincé les petits auto-entrepreneurs qui semblent vous chiffonner, chère Sylvia, qu'allez vous faire des véritables problématiques :
  • Quid de la concurrence déloyale des grandes surfaces et des grosses boutiques en ligne pour les petits commerçants ?
  • Quid du travail au noir et des travailleurs européens de l'Est ( payés moins cher que les ouvriers français ) sur les chantiers du bâtiment ?
  • Quid de la baisse du pouvoir d'achat des ex-auto-entrepreneurs ( contraints à abandonner leur activité ) et de son impact sur la fameuse croissance pronée par notre pro du changement ?
  • Quid de la baisse des rentrées fiscales entrainées par leur disparition  ?
  • Qu'allez vous proposer aux ex-auto-entrepreneurs ? pôle emploi ? RSA ? Que dalle ?
  • Quid des femmes auto-entrepreneurs ? leurs activités certes limitées parfois en terme de revenus, leur permet de garder un pied dans le monde du travail lorsqu'elles sont en période d'inactivité en tant que salariées pour élever leurs enfants, y avez-vous seulement songé ?
Des questions il y en a encore beaucoup, mais je crains que nous soyons face à une ministre autiste, je vous renvoie donc vers un article chez Romain qui explique la problématique de la réforme Pinel, et propose une solution : " simplifier les autres statuts "... et sur un article chez rue 89 avec quelques témoignages...

2 commentaires:

seb musset a dit…

Je vais faire simple. Dans mon secteur (Photo / tournage instit), l'AE est responsable d'une hécatombe.

Prix rabotés, employeurs qui ne veulent même plus se faire chier a te faire des fiches de paye et qui te l'avouent tt tranquilles.

Çà c'est pour la forme. Donc concrètement en 2012 je n'ai quasiment pas bossé dans ce domaine à cause de ce statut (et refusant de le prendre).

Pour le fond. En plus de dynamiter un peu plus le collectif, de coller chacun en concurrence,on avalise l'économie de la débrouille avec un statut low cost te faisant croire que tu sors la tête de l'eau alors que pour la plupart il ne mène à rien au bout de 2 ans.

Son seul avantage : se tester sur ses aptitudes à gérer (et encore c'est plus du domaine de la simulation sur XBox).

Donc la limitation dans le temps me parait la moins pire des solutions.

En revanche, assez d'accord avec Romain pour la simplification des autres statuts.

Leien a dit…

La liste de vos "petites problématiques" contient des raisons d'être critique vis à vis d'autres phénomènes de société tout aussi discutables que le status d'AE (chômage, status de femmes, grande distribution, etc), mais pas de arguments véritablement en faveur de ce status.

D'accord avec Seb musset pour les inconvénients.